Jamie in Paris

Le 26 mars dernier, à l’occasion du Salon du Dessin à Paris, Jamie Gabbarelli, conservateur des estampes et dessins européens anciens du XVème au XVIIIème siècle à l’Art Institute of Chicago, a accepté notre invitation à partager son parcours et sa passion pour les arts graphiques. Non loin du Palais Brongniart, nous évoquons avec lui  la question de la formation en histoire de l’art aux États-Unis, l’histoire singulière de la collection de l’Art Institute, la politique d’acquisitions du musée et les réflexions qui traversent son métier. Jamie Gabbarelli, formé entre l’Europe et les  États-Unis, est une figure de la nouvelle génération de conservateurs spécialisés dans les œuvres sur papier. Son  parcours illustre à la fois la persévérance, les belles rencontres et les découvertes inhérentes à cette vocation.

D’Assise à Chicago

Jamie Gabbarelli naît à Assise, en Ombrie, d’un père italien et d’une mère londonienne. Enfant, il aspire à devenir professeur de lettres classiques. C’est donc naturellement qu’il traverse la Manche pour entreprendre une licence en langues et civilisations classiques au Royaume-Uni. En poursuivant par un master en études de la Renaissance à l’Institut Warburg, avec une approche interdisciplinaire, il découvre l’histoire de l’art et se spécialise dans l’étude des livres illustrés de la Renaissance. Conscient qu’il lui manque une connaissance pratique des arts graphiques pour mener à bien une thèse sur l’illustration de ces livres, il postule à un fellowship qu’il obtient au British Museum, sans imaginer qu’il s’apprête à trouver une vocation professionnelle.

Le fellowship, cette singularité anglo-saxonne, est une sorte de bourse ou de résidence académique accordée à un chercheur ou à un universitaire pour lui permettre de se consacrer pleinement à un projet de recherche. Jamie en décroche un premier en 2009 au British Museum, avec le prestigieux Bromberg Fellowship. Puis, il poursuit après son doctorat avec le Andrew W. Mellon Postdoctoral Curatorial Fellowship alors financé par la Mellon Foundation – la plus grande fondation privée de soutien aux arts et aux humanités aux États-Unis – et qui lui confère un statut d’assistant conservateur. Être fellow lui permet de participer à deux expositions majeures. La première, intitulée Sharing images : Renaissance prints into mailoca and bronze1, en collaboration avec la National Gallery of Art, portait sur les relations entre estampe et majolique de la Renaissance italienne. Elle abordait la question de la circulation de l’image par le biais de l’estampe et de sa réception dans la céramique et les petits bronzes. Ce sujet résonne particulièrement avec les origines de Jamie : l’Ombrie étant l’une des grandes régions de production céramique de la Renaissance. L’autre exposition, The Chiaroscuro woodcut in Renaissance Italy2,  en collaboration avec le LACMA (Musée d’art du comté de Los Angeles) et aux côtés de Naoko Takahatake, lui offre l’occasion de rédiger les notices consacrées aux estampes d’Andrea Andreani (1540-1623), graveur sur bois et un des maîtres du clair-obscur en Italie. Il apprend les arcanes d’une grande exposition avec des prêts internationaux et en appréhende la complexité logistique.

À l’issue de cette période de trois ans, il postule à tous les postes disponibles dans le domaine de la conservation des arts graphiques dans le monde  (au maigre nombre de trois !) et obtient l’un d’eux.  Jamie Gabbarelli devient ainsi  conservateur au RISD Museum de la Rhode Island School of Design à Providence. Méconnue en Europe, la RISD est l’une des plus anciennes et importantes écoles d’art des États-Unis, dotée d’une collection exceptionnelle constituée d’environ 60 000 à 70 000 feuilles.

C’est en 2019, en plein cœur de la préparation d’une importante exposition de dessins : Drawing Closer. Four hundred years of drawings from the RISD museum3, qu’il reçoit une proposition de l’Art Institute of Chicago, alors à la recherche d’un conservateur pour sa collection d’art ancien. Au mois de février, il s’installe  à Chicago juste avant la période du covid.  Il nous confie en riant à propos du catalogue de l’exposition du RISD : « J’avais ce livre à finir. Ça m’a sauvé ». Confiné seul dans ses nouveaux bureaux, il met à profit ces mois d’enfermement pour parcourir boîte par boîte l’ensemble de la collection. Une manière exceptionnelle de commencer, certes, mais définitivement formatrice.

Se former aux États-Unis

Le système universitaire américain diffère du modèle européen : la licence y est conçue comme une prolongation du lycée, obligeant l’étudiant à toucher à de multiples disciplines avant de se spécialiser. C’est au niveau du  master ou du doctorat que se joue réellement la spécialisation, et le choix de l’école doctorale dépend étroitement du professeur avec lequel on souhaite travailler. Jamie Gabbarelli entreprend sa thèse à Yale, précisément parce que Christopher Wood (historien de l’art américain spécialiste de la Renaissance germanique) y enseignait l’histoire de l’estampe.

Quant à l’enseignement des arts graphiques au sens strict, il reste à la marge. Dans la plupart des cours d’histoire de l’art, les dessins et les estampes sont convoqués comme auxiliaires de la peinture et  non comme des objets d’étude à part entière. En six ans passés à Yale, Jamie Gabbarelli n’a vu se tenir qu’un seul séminaire entièrement dédié au dessin. Aussi la “vraie formation”, estime-t-il, passe-t-elle nécessairement par le contact direct avec les œuvres, au sein des institutions et guidée par des mentors. Jamie travaille alors pendant trois ans en temps partiel, aux côtés de la conservatrice Suzanne Boorsch. Il participe à la préparation d’expositions, au catalogage des estampes et à l’apprentissage des fondamentaux du travail curatorial. « Je pense que c’est la meilleure façon d’apprendre », dit-il simplement.

Dans ce contexte, le Getty Paper Project a joué un rôle décisif. Lancé par la Getty Foundation, ce programme pluriannuel avait pour ambition de soutenir la carrière des jeunes conservateurs spécialisés dans les arts graphiques à une époque où le vivier de professionnels se réduisait dangereusement. Cette initiative permettait de soutenir des projets tels que des expositions, des publications ou des séminaires. Il a permis à Jamie Gabbarelli de bénéficier d’une subvention pour une exposition de dessins, mais aussi de participer à un séminaire itinérant organisé par la Morgan Library, réunissant une dizaine de jeunes spécialistes pendant un voyage de deux semaines en Angleterre. Les visites au British Museum, dans des collections privées, des galeries et des maisons de vente aux enchères sont  un moyen de se constituer un réseau, en apprenant notamment à naviguer sur le marché de l’art, et à rompre l’isolement qu’induit parfois le métier de  conservateur. Il participe également à un atelier sur la conservation à Harvard, travaillant notamment avec des restaurateurs sur la matérialité des dessins.

“You can’t train yourself alone. You always have to talk, observe, and learn with someone. »

Sur la question des stages, Jamie Gabbarelli se montre lucide. Il rappelle qu’une partie importante de la profession reste peu accessible à qui ne peut se permettre de se financer des études très coûteuses, les frais universitaires américains pouvant atteindre 60 000 à 70 000 $ par an dans les établissements privés. Des institutions muséales comme le RISD proposent des stages rémunérés, ouverts à toute personne manifestant un intérêt, quelle que soit sa filière d’études, pour la découverte des métiers du secteur culturel. L’objectif n’est pas nécessairement de former de futurs conservateurs, mais d’offrir une visibilité à la profession, sur ses coulisses et sur la diversité de carrières envisageables au sein d’un musée. Ses anciens stagiaires restent dans son réseau ; certains sont devenus conservateurs, d’autres ont emprunté différents  chemins, mais tous ont eu cet aperçu formateur.

S’inscrire dans l’histoire d’un département

À propos de l’histoire de l’institution d’abord, Jamie rappelle que l’ Art Institute of Chicago est fondé en 1879, avec la vocation initiale (comme le RISD Museum) de soutenir une école d’art, la Chicago Academy of Fine Arts. Aujourd’hui devenue School of the Art Institute of Chicago et classée parmi les trois meilleures écoles d’art des États-Unis, elle coexiste avec le musée qui a dépassé son rôle originel en s’imposant comme l’une des plus grandes institutions culturelles du pays (l’Art Institute of Chicago étant le 2ème plus grand musée des États-Unis, derrière le MET, Metropolitan Museum of Art à New York). Le bâtiment emblématique, celui aux lions, est construit pour l’Exposition internationale de 1893. L’impulsion décisive au développement des collections est lancée avec une première donation importante de peintures françaises de Florence Lathrop Field Page, plus connue sous le nom de Mrs. Henry Field (1858-1921). Mais pendant plusieurs décennies, il n’y a pas de conservateur dédié aux arts graphiques : dessins et estampes vivent dans l’ombre du département des peintures, ou sont renvoyés à la bibliothèque.

Le premier conservateur véritablement spécialisé, Carl O. Schniewind (1900-1957)4, n’est nommé qu’en 1940. Il est Allemand et fuit le régime nazi, comme son successeur Harold Joachim (1909-1983). Les deux érudits formés à la rigueur germanique et à la tradition du « connoisseurship » viennent porter leurs savoir-faire et leurs réseaux européens au service de l’institution américaine pour y constituer une collection. Une grande donation d’un professeur de Chicago, William F. E. Gurley, vient aussi marquer le début de la constitution de la collection du département.  En 1922, ce dernier donne 6000 dessins au musée d’une qualité très hétérogène mais qui ont le mérite d’enrichir le fonds d’arts graphiques. Un autre don d’ampleur étoffe le tout entre 1936 et 1938 : il vient d’un collectionneur local d’estampes acquises en Europe dont des Rembrandt, des Dürer, des gravures de Whistler ou encore des estampes françaises du XIXème siècle.

Jamie évoque également de grands mécènes, qui sont très souvent des femmes, à l’instar d’Helen Regenstein (1896-1982)5 ou encore de Dorothy Braude Edinburg (1920-2015), et dont la donation approchait les trente millions de dollars destinés au seul département des arts graphiques. Selon les estimations du conservateur, la collection de dessins et d’estampes compte aujourd’hui quelque 11 000 à 12 000 dessins et
60 000 à 70 000 estampes. Elle couvre les ères européenne et américaine jusqu’en 1900, le champ s’élargissant géographiquement pour les œuvres modernes et contemporaines, aux artistes brésiliens et sud-africains. Jamie Gabbarelli est chargé des œuvres européennes d’avant 1800. L’une des singularités du département est de ne pas séparer les conservateurs entre dessin et estampe, mais de les répartir plutôt chronologiquement et géographiquement, ce qui conduit chacun à œuvrer auprès des deux supports. Cette transversalité est autant une richesse intellectuelle qu’une nécessité pratique, héritée du fonctionnement historique du département.

Politique d’acquisition : entre liberté, qualité et fatalités du marché

Interrogé sur la politique d’acquisition de l’institution, Jamie Gabbarelli évoque une approche souple, où la qualité intrinsèque de l’œuvre, associée à la connaissance des collections, guide le choix. Contrairement à de nombreux musées américains qui formalisent de façon très précise leurs stratégies de collection, en établissant des listes de critères stricts, l’Art Institute de Chicago laisse à ses conservateurs une certaine liberté pour proposer des acquisitions jugées importantes. Cette flexibilité n’exclut pas de grandes lignes prioritaires,mais elles sont informelles et issues d’une réflexion collective sur les forces et lacunes de la collection.

C’est ainsi qu’en parcourant méthodiquement le fonds, boîte par boîte, feuille à feuille, que Jamie identifie des déséquilibres au sein de la collection d’arts graphiques.  En effet, elle est riche en feuilles de l’Âge d’Or hollandais, allemandes et du XIXème siècle mais pauvre en estampes italiennes qui représente en volume à peine un dixième des estampes françaises.  Quant aux estampes maniéristes hollandaises6, elles se font plus rares. Il a pu, en conséquence, orienter ses priorités et saisir les opportunités du marché pour combler ces lacunes, parfois en acquérant des ensembles importants, en négociant parfois des transactions échelonnées sur plusieurs années pour les acquisitions majeures ou de grandes collections. Le budget, lui, est alimenté par les dotations de grands mécènes, qui peuvent donner des directives sur la façon dont ces sommes peuvent être dépensées. Certaines de ces directives sont spécifiques : par exemple à Chicago, une enveloppe est exclusivement dédiée aux estampes de maîtres anciens antérieurs à 1800, mais d’autres nécessitent une concertation entre collègues pour arbitrer les acquisitions.

Du côté de la politique publique, la ville de Chicago et l’État de l’Illinois versent des subventions à l’institution, en tant qu’organisation à but non lucratif bénéficiant d’exonérations fiscales, mais ces contributions ne représentent qu’une partie modeste du budget muséal. L’essentiel du financement provient d’un écosystème privé soigneusement entretenu : un service dédié à la philanthropie gère les relations avec donateurs, fondations et institutions, tandis qu’au niveau du département des estampes et dessins, un comité de soutien, composé de collectionneurs chicagoans ou de proches de la ville, se réunit deux à trois fois par an pour examiner les projets d’acquisition, les voter et, selon leur volonté, les financer. C’est donc un modèle dans lequel la frontière entre collectionneur privé et acteur institutionnel reste poreuse et féconde, les conservateurs orientant parfois les achats des mécènes, dont les collections sont appelées à rejoindre un jour, peut-être, celles du musée

Chaque acquisition doit néanmoins être examinée et approuvée selon un processus en plusieurs étapes : le directeur, puis le comité des dessins et estampes, composé de collectionneurs et de soutiens proches de l’institution, et enfin le conseil d’administration. Ce cheminement est exigeant, d’autant que le marché ne prévient pas toujours longtemps à l’avance : une semaine avant la sortie d’un catalogue de ventes aux enchères, et il faut déjà mobiliser toute la chaîne d’approbation, constituer un dossier, afin d’estimer une enchère maximale qu’il ne pourra pas dépasser. À noter que le système américain ne prévoit pas de mécanisme de préemption ou de blocage des exportations comparable au dispositif juridique français du Trésor national : les acquisitions s’y jouent intégralement sur le libre marché, la compétition se réglant, parfois, hélas, par les moyens financiers.

Quelques trésors de la collection

Hans Burgkmair the Elder, Equestrian Portrait of the Emperor Maximilian I, 1508, bois gravé en deux blocs en noir et or sur vélin, 32,3 × 23,5 cm, Chicago, Art Institute of Chicago.

Invité à évoquer ses pièces de cœur, Jamie Gabbarelli hésite, sourit, puis se lance. Il mentionne d’abord une gravure (une xylographie en deux blocs, un noir puis un en or sur papier velin) de Hans Burgkmair représentant l’empereur Maximilien : elle constitue un exemple rare de l’usage de l’or dans ce médium, vraisemblablement destiné à l’usage impérial avant de quitter l’Autriche. Il évoque ensuite une gravure sur bois allemande anonyme du XVème siècle représentant le Christ de douleurs, retrouvée dans les décombres du Blitz londonien, collée à la reliure d’un manuscrit, dans un état de conservation exceptionnel, aux couleurs « encore fraîches ». Il cite également deux rares paysages gravés de Goya, lesquels sont tirés en peu d’épreuves et qui, pour une raison inconnue, n’ont jamais été édités. Peut-être en raison d’une pénurie de cuivre qui aurait incité Goya à réutiliser les plaques pour ses “Désastres de la guerre”.

Concernant les dessins, il évoque d’abord une magnifique feuille de Pisanello (1395-c. 1455) : un croquis de 1438 illustrant un cavalier en tenue de chasse et trois hommes debout coiffés de chapeaux, au-dessus desquels figure un fourreau orné. Le dessin documente la venue à Ferrare de l’empereur byzantin Jean VIII Paléologue (1392-1448) et de Joseph II, patriarche de Constantinople (1360-1439), où un concile des Églises fut convoqué au début de l’année 1438. Le concile se rendit à Florence en 1439 et réunit les chefs du monde chrétien, d’Orient et d’Occident.

Pisanello, Sketches of the Emperor John VIII Palaeologus, a Monk, and a Scabbard, 1438, plume et encre brune sur papier vergé ivoire, 18,9 × 26,5 cm, Chicago, Art Institute of Chicago.

Jamie mentionne également un dessin au lavis de Claude Gellée dit le Lorrain (1600-1682), probablement réalisé sur le motif au Sasso, un rocher proche de Civitavecchia. D’un format horizontal, il témoigne de la sensibilité du Lorrain pour la campagne romaine baignée dans sa douce lumière pastorale où la mer est suggérée à l’horizon de la vue surplombante.

Claude Gellée dit le Lorrain, Panorama from the Sasso, 1649/1655, plume et encre brune, pinceau et lavis brun, rehauts de gouache blanche et traces de craie blanche, sur une préparation à la pierre noire et au graphite, sur papier vergé crème, 16,2 × 40,2 cm, Chicago, Art Institute of Chicago.

Le conservateur de l’Art Institute avoue aussi son inclination pour deux autoportraits, l’un réalisé en 1765/68 par le portraitiste Joseph Wright of Derby (1734-1797), le second par Jean-Siméon Chardin (1699-1779) au pastel. Enfin, plus contemporain, le bien connu Visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement surréaliste (1934/35) de Salvador Dali (1904-1989) trouve aussi une place dans son top cinq.

Ci-dessus, à gauche : Joseph Wright of Derby, Self-Portrait in a Fur Cap, 1765/68, pastel monochrome (grisaille) sur papier vergé bleu-gris, 42,5 × 29,5 cm, Chicago, Art Institute of Chicago.
Ci-dessus, à droite : Jean-Siméon Chardin, Self-Portrait with a Visor, c. 1776, pastel sur papier vergé bleu marouflé sur toile, 45,7 × 37,4 cm, Chicago, Art Institute of Chicago.


Salvador Dalí, Mae West’s Face which May be Used as a Surrealist Apartment, 1934-35, gouache et graphite sur une page de magazine imprimée dans le commerce, 28,3 × 17,8 cm, Chicago, Art Institute of Chicago.


Prendre soin de ce qui demeure

La conversation prend une tonalité plus grave lorsqu’on aborde la situation politique américaine. L’Art Institute de Chicago jouit d’une indépendance enviable : institution privée, non lucrative, dotée de ressources propres, elle n’a pas eu besoin de subventions fédérales pour ses expositions ou ses acquisitions. Cela le met à l’abri (pour l’instant) des pressions qui ont contraint certains musées, comme la National Portrait Gallery de Washington, à modifier leurs cartels, retirer certains contenus ou limoger des directrices.

“So, in a sense, being a private institution with independent resources and leadership, unrelated to politics, is a good thing… It now seems clear to me that this kind of independence is important and a real asset.”

Mais cette conscience de la chance ne l’immunise pas contre la question du sens :

“While curatorial work can sometimes feel removed, and that we can’t make a difference in the real world, it’s important to remember that we need inspiration, beauty, aesthetic experience, and collective aesthetic experience. It’s not a necessity in the sense that we would die without it, but it gives more meaning to life. “

Pour finir, il recommande, comme lecture de chevet, le long poème d’Alfred Tennyson « In Memoriam », méditation sur le deuil, l’amitié, le temps et l’espoir. On y reconnaît volontiers la sensibilité de quelqu’un dont le travail consiste, jour après jour, à prendre soin de ce que les artistes ont laissé derrière eux.

Ce que l’on retient de notre rencontre avec Jamie Gabbarelli, c’est la rareté heureuse d’un parcours construit à la fois par le hasard : le fellowship fondateur au British Museum et la National Gallery of Art, le passage formateur à Providence, l’appel de Chicago ; et par une rigueur constante : celle d’une personne qui n’a jamais cessé d’observer, de lire, de comparer, de questionner et de chercher, dans le contact direct avec les œuvres et avec ses pairs, ce que les études ne transmettent pas forcément. En attendant une prochaine saison de Jamie in Paris, peut-être pour le Salon du Dessin 2027, nous le remercions très chaleureusement de son temps, de son honnêteté et de la générosité avec laquelle il a partagé, bien au-delà du seul témoignage professionnel, sa manière d’habiter un métier.

Louna Commans Bernard et Pierrick Bonnet

  1. Sharing Images : Renaissance Prints Into Maiolica and Bronze : https://www.nga.gov/exhibitions/sharing-images-renaissance-prints-maiolica-and-bronze
    Catalogue : https://library.nga.gov/discovery/fulldisplay?context=L&vid=01NGA_INST:NGA&search_scope=MainLibrary&tab=MainLibrary&docid=alma993893153504896 ↩︎
  2. The Chiaroscuro Woodcut in Renaissance Italy : https://www.lacma.org/art/exhibition/chiaroscuro-woodcut-renaissance-italy
    Catalogue : https://library.nga.gov/discovery/fulldisplay?context=L&vid=01NGA_INST:NGA&search_scope=MainLibrary&tab=MainLibrary&docid=alma993951233504896 ↩︎
  3. Drawing Closer. Four Hundred Years of Drawing from the RISD Museum : https://risdmuseum.org/exhibitions-events/events/drawing-closer
    Catalogue : https://risdmuseum.org/art-design/projects-publications/publications/drawing-closer ↩︎
  4. Pour en savoir plus sur Carl O. Schniewind : https://arthistorians.info/schniewindc/ ↩︎
  5. Pour en savoir plus sur la collection Regenstein à l’Art Institute of Chicago : https://publications.artic.edu/manet/sites/default/files/file_assets/A%20Lasting%20Monument-%20The%20Regenstein%20Collection%20at%20the%20Art%20Institute%20of%20Chicago.pdf ↩︎
  6. Maniérisme hollandais : le maniérisme nordique désigne le courant artistique dominant aux Pays-Bas à la fin du XVIe siècle. Il est incarné notamment par trois artistes haarlémois comme Karel van Mander, Hendrick Goltzius et Cornelis van Haarlem, qui fondent l’académie de Haarlem et traduisant Les Métamorphoses d’Ovide, ancrant leur pratique dans la tradition humaniste antique. Stylistiquement, ce courant se caractérise par des figures aux poses complexes et des compositions très élaborées. Il entretient d’ailleurs des liens étroits avec d’autres artistes du cercle de la cour de Rodolphe II à Prague. ↩︎